L’adaptation pour le Québec des romans de Kathy Reichs (2/2)

Partie 2 – Les différences culturelles

Dans le billet précédent, nous avons vu que les différences lexicales ne justifiaient pas à elles seules une adaptation spécifique pour le Québec. Et je dois vous dire que lorsque j’en suis arrivée à cette étape dans l’étude du corpus, j’étais un peu découragée. Est-ce que j’avais entrepris cette recherche en vain?

Mais il me restait à traiter l’aspect des différences culturelles entre les deux versions (française et québécoise), et je me suis attelée à la tâche. [spoiler alert – j’ai fini par trouver quelque chose d’intéressant!]

 

Les différences culturelles

Pour commencer, notons, même si cela semble anecdotique, que les toponymes ont été corrigés. Il faut mentionner le travail de recherche pour l’adaptation québécoise.

La rivière Ottawa redevient la rivière des Outaouais, l’autoroute 40 ne longe plus la rivière mais bien le fleuve, les municipalités ne sont pas qualifiées de villes, etc.  De plus, toute mention d’Indiens ou d’aborigènes a été retirée au bénéfice d’Amérindiens.

S’il peut s’agir de détails aux yeux de certains, ce sont assurément des points importants pour tout Québécois… ou toute personne ayant vécu quelques temps à Montréal.

Parmi les différences attendues, le vocabulaire culinaire est bien représenté (chewing-gum / gomme, beignet / beigne, lunch / dîner / souper / déjeuner, Coca-Cola Light / Coke Diète, tartes, biscuits, gâteaux ne désignent pas les mêmes choses) de même que le vocabulaire vestimentaire (baskets / espadrilles, bonnet / tuque, costume / complet, vêtements / habits, jean / jeans).

Dans la même veine, on constate que le vocabulaire scolaire (licence, terminale) a été remplacé par des appellations génériques. Seul lycée a été remplacé par polyvalente et une note de 8/20 est redevenue C moins.

En toute logique, on constate que les notes de bas de page (une dizaine par roman dans la version française, qui explicitent certaines références culturelles à des séries télévisées, des chansons ou des personnages célèbres, comme Abbott et Costello) ont été supprimées.

Les références ont été réintégrées ou corrigées.

Ainsi « Walmart clothes. Wall Street do » traduit dans la version française par « Des fringues merdiques et une coiffure Wall Street » devient dans la version québécoise  « Des vêtements Walmart et une coiffure Wall Street», ce qui est d’autant plus approprié que cela garde la sonorité de la version originale. Cette situation s’explique par le fait que les magasins Walmart sont connus au Québec, mais inexistants en France.

Autre exemple : « Ils ont fermé l’aéroport » redevient « Ils sont fermé O’Hare » puisque le nom de l’aéroport de Chicago est suffisamment connu pour tout lecteur d’Amérique du Nord.

« Les Blackhawks ne disputent pas de matchs importants? » devient « Est-ce que les Blackhawks vont faire les séries? » dans la version québécoise, ce qui est bien plus naturel.

Certaines expressions anglaises ont été laissées tel quel, ce qui donne d’ailleurs une certaine crédibilité au personnage (anglophone) tout comme les expressions québécoises donnent une touche de couleur locale dans la version originale.

 « Holy Shit » est conservé en anglais dans version québécoise, de façon bien plus naturelle que sa traduction française en « sainte merde ». De même pour « Yes, sir », dont la traduction « Oui, monsieur » paraîtrait bien fade ou déplacée.

Enfin, certaines choses se passant d’explications ont été raccourcies.

« C’est un ostie de crosseur. The guy’s a flaming asshole. Roughly translated » (dans la version originale, français inclus) devient dans la version française « Ce type est un ostie de crosseur. En français courant : un con fini » tandis dans la version québécoise a été tout simplement abrégée en « Ce type est un ostie de crosseur ».

  

En conclusion

Le travail d’adaptation de la version québécoise a été particulièrement bien réussi et les différences culturelles, qui sont d’autant plus visibles dans ces deux romans à saveur québécoise, permettent à elles seules de justifier cette révision avant publication pour l’Amérique du Nord.

Par contre, on peut se demander comment la version française a été perçue et quelle image le public français se fait du Québec en lisant ces traductions dont toutes les particularités culturelles sont effacées et qui contiennent, de plus, certaines erreurs factuelles.

À mon humble avis, dans une optique de restituer au mieux le texte original, il faudrait d’abord faire traduire les romans au Québec puis les faire réviser en France avant publication. Au moins, l’image du Québec ne serait pas trompeuse et il ne resterait qu’à effacer les quelques différences lexicales.

Pour aller encore plus loin

Je souhaite soulever ici deux questions qui s’adressent aussi bien aux traducteurs et étudiants qu’aux simples lecteurs et amoureux de la langue :

  • Faut-il considérer que ces différences lexicales et culturelles ne sont que des détails secondaires et qu’il est plus important de restituer l’histoire?
  • Ne devrait-on pas traduire avec le double objectif de distraire et d’instruire les lecteurs, ce qui serait possible simplement à l’aide de quelques vérifications qui ne sont pas si longues à faire avec Internet?
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