L’art du résumé (2)

Résumé, compte rendu ou commentaire, comment les distinguer?

Premièrement, précisons que résumé et compte rendu désignent souvent la même chose. Par contre, il existe plusieurs types de résumés (ou comptes rendus) selon la profondeur de l’analyse demandée. Quant au commentaire, il s’agit d’un travail s’intéressant à un seul aspect de l’article original et il cherche donc à répondre à une question précise.

Quel que soit le travail à faire, les étapes préparatoires demeurent les mêmes :

Étape 1 : lire le texte en entier, afin d’en prendre connaissance. À cette étape, vous devriez chercher dans un dictionnaire la signification des mots que vous ne connaîtriez pas.

Étape 2 : relire le texte et repérer les mots clés et les idées principales. Notez-les sur une feuille, en compagnie des mots de liaison, qui vous permettront de mettre au jour la structure interne du texte.

Étape 3 : compter le nombre de mots du texte d’origine (approximativement, en comptant le nombre de mots par ligne dans une dizaine de lignes prises au hasard et en multipliant le nombre moyen de mots ainsi obtenu par le nombre de lignes du texte). Rappelons que certains logiciels (dont CountAnything, sur PC) permettent de vous indiquer le nombre de mots d’un texte obtenu au format pdf ou autre.

Étape 4 : rédiger.

 

Étude de cas

Avant de poursuivre votre lecture, je vous invite à lire l’article ci-dessous :

« Les épées de Damas : une légende forgée dans l’acier », Guerres & Histoire, n° 21, octobre 2014, Mondadori France, pp. 80 à 82 (GH21p80, GH21p81, GH21p82)

  1. Avez-vous rencontré des difficultés et cherché des mots inconnus?
  2. Avez-vous repéré les mots clés et noté les idées principales?
  3. Avez-vous un objectif à atteindre (sur les 1445 mots estimés)?
  4. Êtes-vous prêts à rédiger?

 

  1. Le résumé informatif (longueur visée : 10% du texte original)

Les épées de Damas étaient, au Moyen Âge, les meilleures armes disponibles. Elles ont été découvertes par les Occidentaux durant la IIIe croisade (1189-1192), alors qu’ils affrontaient les armées de Saladin. Il s’agit d’épées droites à double tranchant en acier, mais leur lame ne brille pas : l’acier est terne et strié de millions de lignes sinueuses. L’alliage spécial propre à ces épées provenait du sud de l’Inde et de l’actuel Sri Lanka où le minerai était fondu à une température de 1400°, exceptionnelle pour l’époque. Vu leur qualité (et leur prix), ces lames étaient réservées aux seigneurs.

Au XVIIIe siècle, le secret de la fabrication des lames de Damas se perd, probablement en raison de l’épuisement des mines qui fournissaient le minerai unique nécessaire. En 1993, un métallurgiste américain parvient à retrouver le procédé de fabrication, recherché depuis 1924.

140 mots

 

  1. Le résumé analytique (longueur visée : 20% du texte original; ajouts en rouge)

Les épées de Damas étaient, au Moyen Âge, les meilleures armes disponibles. Elles ont été découvertes par les Occidentaux durant la IIIe croisade (1189-1192), alors qu’ils affrontaient les armées de Saladin. Il s’agit d’épées droites à double tranchant en acier, mais leur lame ne brille pas : l’acier (appelé wootz, un mélange de fer et de carbone contenant des traces de vanadium) est terne et strié de millions de lignes sinueuses. L’alliage spécial propre à ces épées provenait du sud de l’Inde et de l’actuel Sri Lanka où le minerai était fondu à une température de 1400° qui était atteinte grâce à des hauts fourneaux placés à flanc de montagne et alimentés en air par des tubes qui recueillaient des vents puissants et réguliers. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les métallurgistes européens ont pu atteindre les mêmes températures. Vu leur qualité (et leur prix), ces lames étaient réservées aux seigneurs.

Au XVIIIe siècle, le secret de la fabrication des lames de Damas se perd, probablement en raison de l’épuisement des mines qui fournissaient le minerai unique nécessaire et de l’essor des armes à feu. En 1993, un métallurgiste américain parvient à retrouver le procédé de fabrication, recherché depuis 1924, date à laquelle la composition précise de l’alliage a été découverte.

En conclusion, le savoir-faire empirique des artisans indiens aura aiguillonné pendant des siècles les recherches des artisans européens, menant à l’essor de l’artillerie. De plus, il s’agit d’un des premiers exemples de mondialisation : les lames de Damas étant exportées dans le monde entier.

264 mots

 

  1. Le résumé critique (selon la longueur visée, choisir le premier ou le deuxième résumé, puis ajouter une partie critique)

Si cet article regorge d’informations, je regrette toutefois que certaines pistes soient lancées et non explorées. Ainsi, l’auteur indique que les exportations de wootz expliqueraient l’exceptionnelle qualité de certaines épées vikings entre le IXe et le XIe siècles, sans cependant préciser ce que ces dernières ont de remarquable. De la même manière, il prétend que le wootz était plus recherché que l’or, sans étayer cette information. Enfin, s’il spécifie dans le sous-titre qu’il n’est pas question de sorcellerie, il fait tout de même mention de la valeur surnaturelle attribuée à ces armes, qui seraient capables de guérir les blessures. Par contre, j’ai aimé que l’auteur ne se contente pas d’une partie historique et qu’il précise ce que sont devenues ces armes : des objets de collection, certes, mais aussi des objets de recherche. La réussite des artisans indiens est d’autant plus remarquable que ces armes n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

+ 152 mots

Note : S’il s’agissait d’un texte argumentatif, ma critique porterait sur les problèmes relevés dans l’argumentation et non seulement sur les faits présentés.

 

  1. Le commentaire (longueur visée : 25% du texte original)

Pourquoi les épées de Damas sont devenues légendaires?

Ces épées ont été découvertes par les Occidentaux lors de la IIIe croisade (1189-1192) alors que les armées de Saladin, plutôt que d’affronter la puissante cavalerie européenne, adoptaient la tactique du harcèlement pour séparer les unités. Ces lames à double tranchant permettaient de porter des coups de taille (de bas en haut), mais aussi d’estoc (coups pénétrants) puisque leur extrémité était dure et pointue. Cette multifonctionnalité, couplée avec la résistance de la lame, en faisait une arme redoutable, réservée aux seigneurs vu son prix.

Malgré leur nom, ces épées ne provenaient pas de Damas mais plutôt du sud de l’Inde et de Ceylan, où un alliage (appelé wootz) de fer et de carbone comportant des traces de vanadium était porté à des températures incroyables pour l’époque (1400°) grâce à des hauts fourneaux installés à flanc de montagne et alimentés par de forts vents. Les métallurgistes de la région étaient à ce point célèbres que leurs armes étaient recherchées dans le monde entier. D’ailleurs, les lingots de wootz ont été exportés par caravane ou par la mer vers la Chine, la Perse, le Proche-Orient, la Russie et la Scandinavie.

À l’époque, les étranges motifs qui se trouvent sur ces lames ternes, qui s’expliquent par la présence de vanadium dans le minerai de fer, donnaient aux lames une valeur surnaturelle. On les prétendait capable de guérir les blessures. Autant que la qualité des lames, de telles superstitions ont contribué à faire la renommée de ces armes.

À l’heure actuelle, c’est également leur rareté qui leur donne une valeur supplémentaire. En effet, des milliers d’épées en wootz ont été détruites par les Britanniques après la révolte des cipayes en 1857. Puisque le savoir-faire nécessaire s’est éteint au XVIIIe siècle et que les mines sont épuisées, les armes restantes sont autant de trésors historiques à protéger.

Si les critères qui distinguent les épées de Damas des autres armes de l’époque sont exposés et expliqués, il aurait pu être souhaitable d’indiquer comment elles sont devenues légendaires. Les chevaliers de l’époque s’extasiaient-ils devant les armes de leurs adversaires ou sont-elles devenues célèbres plus tard?

356 mots

Note : Puisqu’il s’agit d’un texte informatif (et non argumentatif), ma partie critique est plus courte qu’elle ne devrait l’être. Dans un texte argumentatif, j’aurais pu soulever les failles dans le raisonnement.

 

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