RÉDIGER UNE LETTRE DE MOTIVATION

Si l’on entend souvent dire que les employeurs ne lisent pas les lettres de motivation, il n’en demeure pas moins qu’elles sont nécessaires. Bien écrites, elles sont lues et peuvent faire la différence. Une lettre de motivation ne doit pas être générique, mais plutôt savamment songée pour retenir l’attention, en fonction du poste visé.

Quelques conseils généraux avant de commencer 

La première erreur à éviter, c’est d’adresser votre lettre « À qui de droit » ou à « Madame, Monsieur ». Si la personne en charge du recrutement n’est pas précisée sur l’offre d’emploi, faites les recherches nécessaires (sur le site de la compagnie ou en appelant directement) afin d’obtenir le nom de la personne qui lira votre lettre. Il s’agit là d’une politesse élémentaire, malheureusement souvent négligée.

Votre lettre ne doit pas reprendre les éléments de votre curriculum vitae, qui sera joint à l’envoi de toute manière. Elle va compléter les informations indiquées dans votre CV (donc, votre formation et vos expériences de travail).

Si vous envoyez votre candidature par courrier (oui, c’est encore possible!), votre lettre doit être soignée (papier blanc et de bonne qualité, paragraphes clairement séparés) et tenir sur une page. Fini le temps des lettres manuscrites, il est maintenant acceptable de la préparer sur un traitement de texte et de l’imprimer. Vous vous assurerez que votre lettre ne contienne aucune faute d’orthographe ou de grammaire, d’autant que vous disposez de tous les outils informatiques pour éviter ce faux-pas.

Enfin, si vous avez un profil LinkedIn ou une présence marquée sur les réseaux sociaux, assurez-vous que les informations qui s’y trouvent sont à jour et qu’elles ne contredisent pas votre CV.

Se mettre à écrire

Généralement, le plan de votre lettre adoptera l’une des deux formes suivantes :

  • paragraphe d’introduction, « moi », « vous », « nous », conclusion
  • paragraphe d’introduction, « vous », « moi », « nous », conclusion.

Voyons maintenant ce que chacune de ces parties devrait contenir.

Le paragraphe d’introduction : Soignez-le, c’est celui qui donnera envie de lire, ou non, votre lettre. Votre amorce doit donc donner le ton et piquer la curiosité. Bien entendu, vous commencerez par préciser pour quel poste vous postulez (après tout, l’entreprise peut recruter pour plusieurs postes en même temps) et indiquerez immédiatement pourquoi vous pensez être la personne idéale pour le poste. Soyez direct sans être arrogant. Votre paragraphe d’introduction doit demeurer très court.

« Moi » : Indiquez pourquoi le poste vous intéresse, pourquoi vous voulez travailler dans cette entreprise et pas une autre. Récapitulez brièvement pourquoi vous avez les compétences requises pour le poste proposé. Si vous avez déjà eu une expérience pertinente que vous n’avez pas pu détailler dans votre CV, voici votre chance de le faire (ex : Lors de mon stage chez XYZ j’ai pu démontrer mes compétences de gestion de projet en réalisant…).

« Vous » : Ne tombez pas dans les généralités, mais indiquez en quoi la situation de l’entreprise est pertinente pour vous. Il s’agit ici de montrer à un employeur potentiel que vous vous êtes renseigné sur l’entreprise et que vous savez dans quoi vous mettrez les pieds s’il vous embauche. Cela démontre aussi que vous n’envoyez pas la même lettre à tout le monde et que vous prenez votre candidature au sérieux.

« Nous » : Montrez en quoi votre embauche pourrait faire une différence. Énoncez des faits (Ex : L’an passé, mon chiffre d’affaires a progressé de 15 %), et non des banalités (Ex : Je suis le meilleur vendeur en ville).

Conclusion : Vous pouvez ici, en une phrase, résumer votre lettre, mais il faut surtout poser une action, celle de proposer un rendez-vous. Cette partie doit être très courte, et votre demande de rendez-vous doit être formulée poliment, mais fermement (il n’est pas question ici de supplier qu’on vous accorde un rendez-vous).

lettmotiv

Pour aller plus loin :

La page la plus exhaustive : http://www.contratdapprentissage.fr/comment-faire-une-lettre-de-motivation.php

Pour se préparer à rédiger : http://www.metiersducommerce.fr/pdf/comment_rediger_une_lettre_de_motivation.pdf

Pour des exemples :http://www.lexpress.fr/emploi/lettre-de-motivation-une-structure-en-trois-parties_1515864.html

Pour rédiger une lettre, quand vous avez déjà des expériences nombreuses et diverses, qui pourraient effrayer un employeur potentiel : http://www.lexpress.fr/emploi/conseils-emploi/lettre-de-motivation-comment-decrire-des-experiences-diversifiees_1670740.html

http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/lettre-de-motivation.html

http://www.stepstone.be/Conseils-de-Carriere/Trucs-astuces/comment-rediger-une-lettre-de-motivation-bien-structuree.cfm

https://www.linkedin.com/pulse/comment-rédiger-une-lettre-de-motivation-convaincante-frédéric-seux

Publicités

L’art du résumé (2)

Résumé, compte rendu ou commentaire, comment les distinguer?

Premièrement, précisons que résumé et compte rendu désignent souvent la même chose. Par contre, il existe plusieurs types de résumés (ou comptes rendus) selon la profondeur de l’analyse demandée. Quant au commentaire, il s’agit d’un travail s’intéressant à un seul aspect de l’article original et il cherche donc à répondre à une question précise.

Quel que soit le travail à faire, les étapes préparatoires demeurent les mêmes :

Étape 1 : lire le texte en entier, afin d’en prendre connaissance. À cette étape, vous devriez chercher dans un dictionnaire la signification des mots que vous ne connaîtriez pas.

Étape 2 : relire le texte et repérer les mots clés et les idées principales. Notez-les sur une feuille, en compagnie des mots de liaison, qui vous permettront de mettre au jour la structure interne du texte.

Étape 3 : compter le nombre de mots du texte d’origine (approximativement, en comptant le nombre de mots par ligne dans une dizaine de lignes prises au hasard et en multipliant le nombre moyen de mots ainsi obtenu par le nombre de lignes du texte). Rappelons que certains logiciels (dont CountAnything, sur PC) permettent de vous indiquer le nombre de mots d’un texte obtenu au format pdf ou autre.

Étape 4 : rédiger.

 

Étude de cas

Avant de poursuivre votre lecture, je vous invite à lire l’article ci-dessous :

« Les épées de Damas : une légende forgée dans l’acier », Guerres & Histoire, n° 21, octobre 2014, Mondadori France, pp. 80 à 82 (GH21p80, GH21p81, GH21p82)

  1. Avez-vous rencontré des difficultés et cherché des mots inconnus?
  2. Avez-vous repéré les mots clés et noté les idées principales?
  3. Avez-vous un objectif à atteindre (sur les 1445 mots estimés)?
  4. Êtes-vous prêts à rédiger?

 

  1. Le résumé informatif (longueur visée : 10% du texte original)

Les épées de Damas étaient, au Moyen Âge, les meilleures armes disponibles. Elles ont été découvertes par les Occidentaux durant la IIIe croisade (1189-1192), alors qu’ils affrontaient les armées de Saladin. Il s’agit d’épées droites à double tranchant en acier, mais leur lame ne brille pas : l’acier est terne et strié de millions de lignes sinueuses. L’alliage spécial propre à ces épées provenait du sud de l’Inde et de l’actuel Sri Lanka où le minerai était fondu à une température de 1400°, exceptionnelle pour l’époque. Vu leur qualité (et leur prix), ces lames étaient réservées aux seigneurs.

Au XVIIIe siècle, le secret de la fabrication des lames de Damas se perd, probablement en raison de l’épuisement des mines qui fournissaient le minerai unique nécessaire. En 1993, un métallurgiste américain parvient à retrouver le procédé de fabrication, recherché depuis 1924.

140 mots

 

  1. Le résumé analytique (longueur visée : 20% du texte original; ajouts en rouge)

Les épées de Damas étaient, au Moyen Âge, les meilleures armes disponibles. Elles ont été découvertes par les Occidentaux durant la IIIe croisade (1189-1192), alors qu’ils affrontaient les armées de Saladin. Il s’agit d’épées droites à double tranchant en acier, mais leur lame ne brille pas : l’acier (appelé wootz, un mélange de fer et de carbone contenant des traces de vanadium) est terne et strié de millions de lignes sinueuses. L’alliage spécial propre à ces épées provenait du sud de l’Inde et de l’actuel Sri Lanka où le minerai était fondu à une température de 1400° qui était atteinte grâce à des hauts fourneaux placés à flanc de montagne et alimentés en air par des tubes qui recueillaient des vents puissants et réguliers. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les métallurgistes européens ont pu atteindre les mêmes températures. Vu leur qualité (et leur prix), ces lames étaient réservées aux seigneurs.

Au XVIIIe siècle, le secret de la fabrication des lames de Damas se perd, probablement en raison de l’épuisement des mines qui fournissaient le minerai unique nécessaire et de l’essor des armes à feu. En 1993, un métallurgiste américain parvient à retrouver le procédé de fabrication, recherché depuis 1924, date à laquelle la composition précise de l’alliage a été découverte.

En conclusion, le savoir-faire empirique des artisans indiens aura aiguillonné pendant des siècles les recherches des artisans européens, menant à l’essor de l’artillerie. De plus, il s’agit d’un des premiers exemples de mondialisation : les lames de Damas étant exportées dans le monde entier.

264 mots

 

  1. Le résumé critique (selon la longueur visée, choisir le premier ou le deuxième résumé, puis ajouter une partie critique)

Si cet article regorge d’informations, je regrette toutefois que certaines pistes soient lancées et non explorées. Ainsi, l’auteur indique que les exportations de wootz expliqueraient l’exceptionnelle qualité de certaines épées vikings entre le IXe et le XIe siècles, sans cependant préciser ce que ces dernières ont de remarquable. De la même manière, il prétend que le wootz était plus recherché que l’or, sans étayer cette information. Enfin, s’il spécifie dans le sous-titre qu’il n’est pas question de sorcellerie, il fait tout de même mention de la valeur surnaturelle attribuée à ces armes, qui seraient capables de guérir les blessures. Par contre, j’ai aimé que l’auteur ne se contente pas d’une partie historique et qu’il précise ce que sont devenues ces armes : des objets de collection, certes, mais aussi des objets de recherche. La réussite des artisans indiens est d’autant plus remarquable que ces armes n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

+ 152 mots

Note : S’il s’agissait d’un texte argumentatif, ma critique porterait sur les problèmes relevés dans l’argumentation et non seulement sur les faits présentés.

 

  1. Le commentaire (longueur visée : 25% du texte original)

Pourquoi les épées de Damas sont devenues légendaires?

Ces épées ont été découvertes par les Occidentaux lors de la IIIe croisade (1189-1192) alors que les armées de Saladin, plutôt que d’affronter la puissante cavalerie européenne, adoptaient la tactique du harcèlement pour séparer les unités. Ces lames à double tranchant permettaient de porter des coups de taille (de bas en haut), mais aussi d’estoc (coups pénétrants) puisque leur extrémité était dure et pointue. Cette multifonctionnalité, couplée avec la résistance de la lame, en faisait une arme redoutable, réservée aux seigneurs vu son prix.

Malgré leur nom, ces épées ne provenaient pas de Damas mais plutôt du sud de l’Inde et de Ceylan, où un alliage (appelé wootz) de fer et de carbone comportant des traces de vanadium était porté à des températures incroyables pour l’époque (1400°) grâce à des hauts fourneaux installés à flanc de montagne et alimentés par de forts vents. Les métallurgistes de la région étaient à ce point célèbres que leurs armes étaient recherchées dans le monde entier. D’ailleurs, les lingots de wootz ont été exportés par caravane ou par la mer vers la Chine, la Perse, le Proche-Orient, la Russie et la Scandinavie.

À l’époque, les étranges motifs qui se trouvent sur ces lames ternes, qui s’expliquent par la présence de vanadium dans le minerai de fer, donnaient aux lames une valeur surnaturelle. On les prétendait capable de guérir les blessures. Autant que la qualité des lames, de telles superstitions ont contribué à faire la renommée de ces armes.

À l’heure actuelle, c’est également leur rareté qui leur donne une valeur supplémentaire. En effet, des milliers d’épées en wootz ont été détruites par les Britanniques après la révolte des cipayes en 1857. Puisque le savoir-faire nécessaire s’est éteint au XVIIIe siècle et que les mines sont épuisées, les armes restantes sont autant de trésors historiques à protéger.

Si les critères qui distinguent les épées de Damas des autres armes de l’époque sont exposés et expliqués, il aurait pu être souhaitable d’indiquer comment elles sont devenues légendaires. Les chevaliers de l’époque s’extasiaient-ils devant les armes de leurs adversaires ou sont-elles devenues célèbres plus tard?

356 mots

Note : Puisqu’il s’agit d’un texte informatif (et non argumentatif), ma partie critique est plus courte qu’elle ne devrait l’être. Dans un texte argumentatif, j’aurais pu soulever les failles dans le raisonnement.

 

L’art du résumé (1)

Comment trouver les idées principales?

Qu’il s’agisse de prendre des notes ou de rédiger un résumé, il est important de savoir trouver les idées principales d’un cours (oral) ou d’un texte (lecture).

Voici une méthode éprouvée reprise par de nombreux sites :

Avant de commencer, il faut toutefois distinguer le sujet (du cours ou du texte) de l’idée principale en posant la question : « De qui ou de quoi parle-t-on dans ce texte ou ce paragraphe? » La réponse à cette question est le sujet du texte, et non une idée principale.

Pour trouver une idée principale explicite, se poser la question : « De qui ou de quoi parle-t-on? » puis choisir une phrase qui pourrait représenter l’idée principale du paragraphe : « Quelle phrase représente les informations importantes et inclut le sujet? ». Ensuite, valider ce choix en se demandant : « Est-ce que presque toutes les phrases peuvent se rattacher à la phrase contenant l’idée principale? » (exemples ou détails complémentaires).

L’idée principale se trouve souvent au début du paragraphe, mais peut également se trouver au milieu ou à la fin. Dans les trois exemples ci-dessous, les phrases contenant l’idée principale sont soulignées :

Humaniste honorée internationalement, Lucile Teasdale a été l’une des premières femmes chirurgiens du Canada. En 1985, elle a contracté le SIDA dans le cadre de son travail en Ouganda. Malgré sa maladie, elle a continué de soigner les blessés jusqu’à 1993, trois ans avant sa mort.

Le corail a créé un récif où vivent plus de 200 espèces d’oiseaux et environ 1 500 genres de poissons. En fait, la grande barrière de Corail procure un habitat à une foule d’animaux intéressants. Parmi ces animaux, mentionnons les tortues de mer, les grands bénitiers, les crabes et les couronnes d’épines.

 Il fait nuit six mois par an en Antarctique, de la mi-mars à la mi-septembre. Toute l’année, le continent est couvert de glace qui reflète la lumière du soleil, mais le temps ne se réchauffe jamais vraiment. En fait, la température la plus froide jamais enregistrée l’a été en Antarctique. L’Antarctique possède un des environnements les plus hostiles au monde.

Pour trouver une idée principale implicite (sous-entendue, mais non formulée), se poser la question : « De qui ou de quoi parle-t-on? » puis choisir les éléments essentiels de ce qui est dit sur le sujet en se demandant : « Quelle est la chose la plus importante que l’auteur veut me dire dans son texte? ». Rédiger une phrase qui inclut le sujet et les points saillants du paragraphe. Ensuite, afin de valider l’exactitude du résultat, se demander : « Est-ce que les autres phrases se rattachent à la phrase rédigée? »

Ainsi, dans le paragraphe suivant,

Le plus gros hippocampe jamais observé mesurait 45 cm de long. Les gros hippocampes vivent sur les côtes, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et de la Californie. Les petits hippocampes vivent au large de la Floride, dans la mer des Caraïbes et dans le golfe du Mexique. Le plus petit hippocampe adulte jamais trouvé mesurait seulement 1,3 cm de long.

l’idée principale implicite est que la taille des hippocampes varie en fonction de la région où ils vivent (vous l’aviez trouvé, bien sûr!).

L’adaptation pour le Québec des romans de Kathy Reichs (2/2)

Partie 2 – Les différences culturelles

Dans le billet précédent, nous avons vu que les différences lexicales ne justifiaient pas à elles seules une adaptation spécifique pour le Québec. Et je dois vous dire que lorsque j’en suis arrivée à cette étape dans l’étude du corpus, j’étais un peu découragée. Est-ce que j’avais entrepris cette recherche en vain?

Mais il me restait à traiter l’aspect des différences culturelles entre les deux versions (française et québécoise), et je me suis attelée à la tâche. [spoiler alert – j’ai fini par trouver quelque chose d’intéressant!]

 

Les différences culturelles

Pour commencer, notons, même si cela semble anecdotique, que les toponymes ont été corrigés. Il faut mentionner le travail de recherche pour l’adaptation québécoise.

La rivière Ottawa redevient la rivière des Outaouais, l’autoroute 40 ne longe plus la rivière mais bien le fleuve, les municipalités ne sont pas qualifiées de villes, etc.  De plus, toute mention d’Indiens ou d’aborigènes a été retirée au bénéfice d’Amérindiens.

S’il peut s’agir de détails aux yeux de certains, ce sont assurément des points importants pour tout Québécois… ou toute personne ayant vécu quelques temps à Montréal.

Parmi les différences attendues, le vocabulaire culinaire est bien représenté (chewing-gum / gomme, beignet / beigne, lunch / dîner / souper / déjeuner, Coca-Cola Light / Coke Diète, tartes, biscuits, gâteaux ne désignent pas les mêmes choses) de même que le vocabulaire vestimentaire (baskets / espadrilles, bonnet / tuque, costume / complet, vêtements / habits, jean / jeans).

Dans la même veine, on constate que le vocabulaire scolaire (licence, terminale) a été remplacé par des appellations génériques. Seul lycée a été remplacé par polyvalente et une note de 8/20 est redevenue C moins.

En toute logique, on constate que les notes de bas de page (une dizaine par roman dans la version française, qui explicitent certaines références culturelles à des séries télévisées, des chansons ou des personnages célèbres, comme Abbott et Costello) ont été supprimées.

Les références ont été réintégrées ou corrigées.

Ainsi « Walmart clothes. Wall Street do » traduit dans la version française par « Des fringues merdiques et une coiffure Wall Street » devient dans la version québécoise  « Des vêtements Walmart et une coiffure Wall Street», ce qui est d’autant plus approprié que cela garde la sonorité de la version originale. Cette situation s’explique par le fait que les magasins Walmart sont connus au Québec, mais inexistants en France.

Autre exemple : « Ils ont fermé l’aéroport » redevient « Ils sont fermé O’Hare » puisque le nom de l’aéroport de Chicago est suffisamment connu pour tout lecteur d’Amérique du Nord.

« Les Blackhawks ne disputent pas de matchs importants? » devient « Est-ce que les Blackhawks vont faire les séries? » dans la version québécoise, ce qui est bien plus naturel.

Certaines expressions anglaises ont été laissées tel quel, ce qui donne d’ailleurs une certaine crédibilité au personnage (anglophone) tout comme les expressions québécoises donnent une touche de couleur locale dans la version originale.

 « Holy Shit » est conservé en anglais dans version québécoise, de façon bien plus naturelle que sa traduction française en « sainte merde ». De même pour « Yes, sir », dont la traduction « Oui, monsieur » paraîtrait bien fade ou déplacée.

Enfin, certaines choses se passant d’explications ont été raccourcies.

« C’est un ostie de crosseur. The guy’s a flaming asshole. Roughly translated » (dans la version originale, français inclus) devient dans la version française « Ce type est un ostie de crosseur. En français courant : un con fini » tandis dans la version québécoise a été tout simplement abrégée en « Ce type est un ostie de crosseur ».

  

En conclusion

Le travail d’adaptation de la version québécoise a été particulièrement bien réussi et les différences culturelles, qui sont d’autant plus visibles dans ces deux romans à saveur québécoise, permettent à elles seules de justifier cette révision avant publication pour l’Amérique du Nord.

Par contre, on peut se demander comment la version française a été perçue et quelle image le public français se fait du Québec en lisant ces traductions dont toutes les particularités culturelles sont effacées et qui contiennent, de plus, certaines erreurs factuelles.

À mon humble avis, dans une optique de restituer au mieux le texte original, il faudrait d’abord faire traduire les romans au Québec puis les faire réviser en France avant publication. Au moins, l’image du Québec ne serait pas trompeuse et il ne resterait qu’à effacer les quelques différences lexicales.

Pour aller encore plus loin

Je souhaite soulever ici deux questions qui s’adressent aussi bien aux traducteurs et étudiants qu’aux simples lecteurs et amoureux de la langue :

  • Faut-il considérer que ces différences lexicales et culturelles ne sont que des détails secondaires et qu’il est plus important de restituer l’histoire?
  • Ne devrait-on pas traduire avec le double objectif de distraire et d’instruire les lecteurs, ce qui serait possible simplement à l’aide de quelques vérifications qui ne sont pas si longues à faire avec Internet?

L’adaptation pour le Québec des romans de Kathy Reichs (1/2)

Partie 1 – Les différences lexicales 

Quand j’ai commencé à regarder la série télévisée Bones en 2005, je me suis aussi plongée dans la lecture des nombreux romans qui l’ont inspirée. Comme je lis en grande majorité les romans dans le texte original anglais, c’est par hasard que j’ai découvert qu’il existait une adaptation spécifique au Québec, en cherchant des textes pour des cours de traduction.

Ça faisait quelques années que je souhaitais étudier cette adaptation plus en profondeur. C’est maintenant chose faite. Et je vous livre quelques-unes de mes découvertes dans ce billet.

 Je tiens à remercier les éditions Robert Laffont, qui ont répondu patiemment à mes nombreuses questions et sans qui mon étude n’aurait pas pu être aussi complète.

Petit rappel sur l’auteur et son univers : Kathy Reichs est une auteure américaine de romans policiers. La série Temperance Brennan, sur laquelle porte l’étude, comprend actuellement 18 romans, écrits depuis 1997. Ces romans ont inspiré la série télévisée Bones, diffusée depuis 2005.

L’héroïne des romans, comme l’auteure, est une anthropologue judiciaire qui assiste les polices américaine (en Caroline du Nord) et québécoise. L’autre personnage important des romans est le lieutenant-détective Andrew Ryan, de la Sûreté du Québec. Il est né en Nouvelle-Écosse et accompagne souvent l’héroïne dans ses enquêtes. Autant dire que l’auteure, comme tous ses personnages, est bilingue.

 Mon étude porte spécifiquement sur deux romans, Bones to ashes (2007) et 206 bones (2009), puisqu’ils se déroulent en partie au Québec. Ces romans ont été traduits en France pour les Éditions Robert Laffont par Viviane Mikhalkov puis confiés à une traductrice québécoise, Anne-Marie Théoret, pour révision et publication sous un titre différent. Ainsi, le roman Bones to Ashes répond aux titres Meurtres en Acadie (France) ou Terreur à Tracadie (Québec), tandis que 206 bones devient Autopsies (France) ou L’Os manquant (Québec).

  

Quelques observations générales

 Les romans contiennent entre 10 000 et 11 000 phrases et 1 % d’entre elles contiennent des expressions françaises dans la version originale. En moyenne, sans compter les différences de ponctuation, de majuscules ou d’abréviations, 6 000 modifications ont été faites dans chacun des livres avant leur nouvelle publication au Québec et la révision est visiblement bilingue puisque les ajouts de la traductrice française sont retirés (ce qui représente tout de même 1 000 mots de moins, soit 1 %).

 Par exemple : « Does that building get bigger from bottom to top? » a été traduit en France par « Est-ce que je suis miro ou est-ce que ce bâtiment est plus large en haut qu’en bas? » et la révision québécoise indique simplement « est-ce que ce bâtiment est plus large en haut qu’en bas? »

Concernant la ponctuation de la version québécoise, il est étonnant de constater qu’elle respecte les espacements français (espace avant les signes de ponctuation double) plutôt que ceux recommandés par le Guide du rédacteur. Par ailleurs, la ponctuation a été modifiée afin d’être plus naturelle (suppression de la moitié des points d’exclamation et du tiers des points-virgules), ce qui résulte en un nombre de phrases différent d’une version à l’autre.

Au niveau des autres changements généraux, on note que les majuscules ont été modifiées conformément aux recommandations du Guide du rédacteur,

Les majuscules sont rectifiées sur des appellations génériques comme université ou musée, mais aussi sur certains noms de lieux (rivière aux Serpents) ou sur des marques (Jeep et Mini Cooper). Cinquante-cinq mots sont concernés.

 les noms propres ont été corrigés,

L’ex-mari de l’héroïne devient Peter au lieu de Pete dans la version française; un édifice reprend son nom de Wilfrid-Derome (et non Wilfred-Derome); un technicien (personnage certes peu important) reprend son nom de Sylvain (plutôt qu’André dans la version française), etc. De manière moins anecdotique, les noms de Jimi Hendrix et de Brooke Shields sont rectifiés. Vingt-huit noms propres sont concernés.

toutes les expressions québécoises sont identifiées comme telles dans la version québécoise et leur orthographe a été adaptée.

La version française indique tabernac, tabernacle, tabernouche, mosses plutôt que tabarnac, tabarnouche et môsusse.

Pour terminer, les quelques erreurs d’orthographe, de grammaire et les mots manquants de la version française ont été corrigés, mais un petit nombre a aussi été ajouté (participes passés de verbes pronominaux, confusion tache/tâche).

  

Les différences lexicales 

On observe que la version québécoise est légèrement plus pauvre en vocabulaire puisqu’elle contient 227 lexèmes de moins (ce qui représente moins de 1 %). Ceci dit, cela découle du retrait des expressions argotiques de la version française, qui n’ont pas vraiment lieu d’être étant donné le registre observé par l’auteure.

Sur les 574 mots de la version française absents de la version québécoise, 25 % sont de l’argot, 5 % sont des anglicismes et 5 % supplémentaires représentent des oppositions connues France/Québec. Sur les 388 mots de la version québécoise absents de la version française, 12 % sont des anglicismes, 7 % représentent des oppositions connues France/Québec et 6 % seulement sont des québécismes. En somme, 75 % des mots différents sont pourtant des mots de la langue française courante des deux côtés de l’Atlantique et correspondent donc plus à des préférences personnelles qu’à un réel besoin linguistique.

Parmi les différences attendues, citons notamment celles-ci (respectivement dans la version française / dans la version québécoise) :

portable / cellulaire ; parking / stationnement ; pote / copain, type, mec  ; gus / gars ; flic / un policier, une police.

Quelques différences surprenantes ont été relevées (mamie / grand-mère, bus / autobus, idem / même chose, canapé / divan, brun / marron) ainsi que quelques différences orthographiques (cuiller / cuillère, clef / clé, une / un parka, un / une après-midi, salle de bains / salle de bain), alors que tous ces termes auraient eu leur place dans la version québécoise.

Ainsi, sur la totalité des romans, seuls 4 % des termes utilisés sont de vraies différences lexicales, ce qui est loin du 15 % observé par Marie-Éva de Villers en 2005[1], mais il faut dire que son corpus était composé de journaux et que l’actualité a tendance à traiter de phénomènes propres (vidanges, banc de neige, acériculture, cégeps, etc.).

Ceci étant dit, les différences lexicales ne semblent permettre à elles seules de justifier la publication différente pour le Québec.

 


 

[1]    De Villers, Marie-Eva, 2005. Le vif désir de durer : Illustration de la norme réelle du français québécois. Montréal : Québec Amérique.